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De l'autre côté...





Il y a beaucoup de poésie sur les marchés.

J’ai toujours apprécié ce lieu. Un lieu d’échange, un lieu de passage, un lieu où les voix s’entrechoquent, où les odeurs chahutent le nez des clients, où les étals sont autant de palettes charriant camaïeux de miel et arc-en-ciel maraîcher…

Maintenant que je suis derrière mon petit étal, je le vois différemment. Je ne circule plus dans la foule, dévorant du regard les gondoles achalandées des commerçants, les sens à l’affût d’une odeur épicée, d’un parfum de fleur, de la tendresse d’un fruit mûr. Je ne suis plus dans ce mouvement-là. Je suis de l’autre côté. Alors je regarde, j’écoute ce qui se passe dans la foule des passants. Je capte des bribes de conversation. « Il ne faut pas tarder à rentrer si on veut faire le poisson ce midi », « Tu l’as vue la dernière fois ? Oui je t’assure.», « Ah, on entre dans la partie médiévale ». « Paul ! Pauuuuuul ! Dépêche-toi ! »

Il y a tant d’histoires qui passent et qui se croisent juste le temps d’un instant devant mon petit étal.

Et puis il y a les rencontres aussi. Le vieux monsieur de ce matin qui, me voyant confectionner mes petits potirons et s’attardant sur mes barrettes me lance avec flegme : « doigts de fée ! ». Les enfants qui sont attirés par les couleurs et qui disent : « C’est rigolo. »

Mais ceux que je préfère, je crois, ce sont ceux que la société met de côté, ceux qui sont à la marge mais qui, sur le marché, se fondent à la foule. Eux, ils ont le regard gourmand et ils prennent le temps. Le temps de parler d’un objet, d’un détail qui leur rappelle un souvenir ou qui éveille en eux une émotion positive. Et ça, c’est ce qui m’émeut le plus, ce qui me ressource le plus.

Ce qui est certain c’est que le monde du commerce m’est étranger. Pour le moment j’apprivoise ce nouvel espace, son langage et ses codes…non sans difficulté. Et j’apprécie ce nouvel angle de vue, de l’autre côté.

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